Tibet – Le Losar volé.

Tibet

Tibet – Le Losar volé.

Le Tibet.

carte de la zone culturelle tibétaine

Nous avions déjà effectué deux voyages au Tibet, les étés 2009 et 2010. Ayant adoré ce pays, son peuple, sa culture, nous décidons d'y retourner l'hiver 2012 pour les fêtes du Losar, le nouvel an tibétain.

Nous attendons beaucoup de ce voyage, retrouvé notre guide et se plonger un peu plus dans cette complexe culture tibétaine, assister aux danses et célébrations, voir tout ce décorum qui les entoure.

Nous avons demandé à l'agence, avec laquelle nous voyageons habituellement en Asie, de nous préparer un voyage de deux semaines et de pouvoir le faire avec notre guide de 2010. Une première semaine au Tibet pour les fêtes du Losar, puis une seconde au Sichuan pour visiter cette partie de la chine. Nous avons pu recontacter notre guide de 2010 et c'est lui qui nous accueille à l'aéroport. Des retrouvailles chaleureuses, pleines d'émotions et de joie.

Arrivée à Lhassa.

Tibet Lhassa Le Potala

Nous arrivons le 14 février 2012 à Lhassa et retrouvons notre guide qui nous accueille à l'aéroport pour nous conduire au centre ville de Lhassa à notre hôtel.

Après installation à l'hôtel, nous allons dans les rues de Lhassa nous balader puis pour admirer le Potala, ancienne résidence du Dalaï-lama en exil.

Nous retournons en centre ville et parcourons le circuit autour du Monastère du Jokhang en même temps que les pèlerins, ce qui nous rappelle de bons souvenirs.

Monastère de Yumbulakhang.

Le lendemain nous partons visiter le monastère de Yumbulakhang en compagnie de notre guide. C'est toujours aussi beau et émouvant, nous l'avions découvert lors de notre premier voyage au Tibet.

De nombreux pèlerins sont là, ils font des offrandes et des prières. Nous les saluons par des « Tashi Delek  » et avons des sourires en retour.

Certains viennent de très loin et cheminent en priant, s'allongeant de tout leur long avant de se relever, d'avancer de la longueur de leur corps et recommencer. Il n'y a qu'au Tibet que nous avons vu cela.

Nous avons prêté un appareil photo à notre guide pour qu'il puisse photographier ses compatriotes sans les déranger. Nous aurons ainsi un point de vu différent de notre regard d'occidentaux.

Retour à Lhassa et visite de la ville. Bien sûr le Palais du Potala, mais aussi les quartiers moins touristiques où nous découvrons les nouvelles habitations construites par les chinois, rasant les vieilles maisons pour construire des habitations toutes identiques et généralement réservées aux chinois venant s'installer au Tibet. La nouvelle ligne de train arrivant directement à Lhassa depuis Pékin et déversant chaque jour quelques milliers de chinois venus s'installer sur les hauts plateaux et recevant une prime à l'installation de l'état.

Monastère de Samye.

Tibet Monastère de Samye

Nous reprenons la route et visitons le monastère de Samye où nous retrouvons cette même ambiance de sérénité et ferveur. Visite des salles de prière, chapelles. Nous suivons notre guide dans le dédale de couloirs, d'escaliers, de places.

De retour à Lhassa, notre guide nous donne les informations pour les visites du lendemain avant de nous quitter.

Nous partons dans les rues de Lhassa et prenons le circuit qui tourne autour du Monastère du Jokhang, le cœur spirituel de la capitale tibétaine. Les pèlerins, venus parfois de très loin, tournent autour de l 'édifice par les rues et ruelles dans le sens horaire.

Nous sommes très étonnés de voir des groupes de soldats chinois marchant de front dans le sens inverse et obligeant les pèlerins à s'écarter sur leur passage.

Arrivés devant l'entrée du Jokhang, les pèlerins sont nombreux à faire des prières en s'allongeant de tout le long. Une grande ferveur émane de ce lieu sacré.

Nous repartons voir le Potala illuminé, l'ancienne demeure du Dalaï-lama, transformé en musée avec le drapeau rouge flottant à son sommet. Nous l'avions visité lors de notre premier voyage en 2009. Taxes pour les photos et vidéos prohibitives, tout pour vous décourager d'en faire. Nous avions été très impressionnés par ces lieux.

Tibet Lhassa Le Potala

Le soir, nous allons voir un spectacle de chants et de danses dans un théâtre de Lhassa.

Les chanteurs, chanteuses, danseurs se succèdent sur scène puis, entre deux prestations, le public monte sur la scène, les remplace pour des danses traditionnelles faisant parties de leur culture.

Nous sommes surpris, pour ne pas dire abasourdis, en voyant que des policiers chinois montent eux aussi sur la scène et se placent tout autour de façon à surveiller le public qui danse.

Nous avions déjà vu la police lors de danses au Monastère de Samye sans vraiment comprendre ce qu'ils faisaient là. Ils se mêlaient aux moines, intervenaient sans raison apparente, déambulaient en pleine cérémonie.

Puis tout le monde, les policiers aussi, redescendent et laissent place aux artistes pour de nouvelles prestations. Même dans ce théâtre, le public est surveillé, contrôlé, encadré !

Monastère de Gaden.

Tibet Monastère de Ganden

Ce matin, nous partons accompagnés de notre guide pour visiter le monastère de Gaden.

En ce mois de février, il fait beau mais très froid, les températures sont largement négatives.

Le monastère est installé à 4 300 mètres d'altitude et la rivière en contre-bas est complètement gelée. Un moine, ayant cassé la glace, y lave des vêtements.

Dans le temple, des moines prient en chantant, d'autres préparent des figurines colorées en beurre de yak, elles servirons lors des fêtes du Losar. Tous sont très chaudement vêtus car, même à l'intérieur des chapelles, l'eau des coupelles présente une fine couche de glace à sa surface.

Mais ces températures glaciales ne semblent pas les incommoder, ils sont habitués, emmitouflés dans d'épais manteaux.

Tibet Monastère de Ganden

Nous rentrons à Lhassa et, après avoir quitté notre guide, nous allons de nouveau nous balader autour du Jokhang. Même chorégraphie des pèlerins dans un sens, militaires dans l'autre forçant le passage.

Lhassa assiégée.

Lhassa est assiégée par les militaires chinois ce matin. Il y a des groupes de trois, quatre militaires tous les cinquante mètres. Ils sont équipés de couvertures anti-feu et d'extincteurs pour prévenir toute immolation.

En effet, depuis quelques mois, les tibétains manifestent leur opposition envers la chine qui réprime toute contestation, les prive de liberté, anéanti leur culture.

La langue tibétaine n'est plus employée que dans les écoles primaires, l'enseignement secondaire ne se fait qu'en chinois limitant ainsi le nombre d'étudiants tibétains et leur réussite dans les études.

Selon le linguiste Nicolas Tournadre, « En moins de cinquante ans, la langue tibétaine est devenue une langue menacée, condamnée à un déclin irréversible, voire à la disparition en deux générations si la politique linguistique actuelle est maintenue ».

Tout est fait favoriser les Han au détriment des tibétains.

Depuis le mois de janvier, au sinistre fil des immolations de moines, la situation a de nouveau pris un vilain tour dans les régions tibétaines de Chine. Désormais, ce sont de véritables émeutes auxquelles doivent faire face les forces de sécurité. Et la répression a fait plusieurs morts en quelques jours, plongeant la région dans le pire cycle de violences depuis 2008.

Au moins 75 Tibétains, y compris des moines et des nonnes bouddhistes, se sont immolés par le feu en 2012. Beaucoup hurlaient pour le retour du Dalaï-lama et pour la liberté des Tibétains tandis qu’ils brûlaient et certains ont lancé les mêmes appels par écrit. Le nombre de personnes qui s’immolent par le feu dans les régions de Chine où la population est majoritairement tibétaine, en particulier dans la région autonome du Tibet et dans les provinces voisines, monte en flèche. Rien qu’au mois de novembre 2011, 24 personnes se sont suicidées ainsi. Au total, depuis 2009, 88 Tibétains se sont immolés par le feu, et ce chiffre augmente désormais chaque jour.

Monastère de Tsurphu.

Tibet Monastère de Tsurphu

Ce matin notre guide nous annonce que les autorités chinoises écourtent notre séjour et que nous devons quitter le Tibet le lendemain. Le vol ayant été avancé de deux jours.

Nous ne verrons donc pas les festivités du Losar et les chinois ont tout fait pour que ces fêtes soient cachées aux touristes, surtout pas de témoins pour voir la révolte tibétaine, les moines s'immolant sur la place publique.

Nous partons visiter le monastère de Tsurphu sachant que nous ne reverrons pas de sitôt ces lieux et leurs habitants. Les « Tashi Delek » prennent une nouvelle saveur et nos réponses sont empruntes de compassion.

Comment peut-on vouloir anéantir cette culture millénaire, ce peuple qui lance des messages de paix, de compassion aux autres peuple de notre planète.

Tibet Monastère de Tsurphu

Le lendemain, notre guide nous accompagne à l'aéroport pour notre vol avancé vers le Sichuan.

Les adieux sont déchirants, nous savons que nous laissons derrière nous un ami avec qui nous avions passé quatre semaines en 2010 pour traverser le pays et effectuer la Kora du Mont Kailash et qui nous a accompagnés durant ce séjour hivernal.

Nous ne partagerons pas la joie du Losar, le renouveau du nouvel an tibétain avec lui, ni avec le peuple tibétain.

 

On nous a volé le Losar !

et nos cœurs sont remplis de tristesse.

Nous n'aurons plus jamais aucune nouvelle de lui ni du guide que nos avions eu lors de notre premier voyage en 2009.

Le Tibet est fermé, les tibétains réduits au silence dans la plus grande prison du Monde de laquelle ils ne peuvent s'échapper, ne peuvent communiquer à l'extérieur. Dix ans pour obtenir un passeport, dix ans de prison si ils sont pris avec une photo du Dallaï-lama.

Les milliers de hans que les autorités chinoises, à coup de prime à l'installation, envoient peupler le Tibet pour peu à peu remplacer les tibétains et détruire cette culture millénaire.

Tibet festivités Monastère de Samye
Om maṇi padme hūm, le mantra de la grande compassion.