Le Krakatau.

Spécial éruption du volcan Anak Krakatau

Guy de Saint-Cyr nous donne des explications sur le volcan Krakatau. Stéphane Cosme, journaliste de France Inter enregistre.

En janvier 2008, l'agence Aventure et Volcans me propose un voyage « spécial éruption » pour aller voir la reprise de l'activité du volcan Anak Krakatau dans le détroit de la Sonde entre les îles de Sumatra et Java.

Nous serons un petit groupe d'une dizaine de participants accompagnés par Guy de Saint-Cyr, directeur de l'agence, et d'un journaliste de France Inter (Stéphane Cosme) qui effectue un reportage sur notre expédition.

Nous sommes arrivés la veille en Indonésie et avons pris la route pour le petit port de Carita. Nous serons accueillis par Mimie qui nous a préparé un repas typique indonésien qui rassasiera et régalera tout notre groupe. Puis nous irons nous coucher en attendant patiemment le lendemain pour cette nouvelle aventure.

Les habitants de Carita nous dirons que depuis plusieurs semaines la terre tremble et de grosses explosions sont audibles signe que l'Anak Krakatau a repris son activité. J'avais déjà visité ce volcan en 2005 et nous avions pu faire le tour du cratère car il n'y avait aucune activité.

Enfin je vais voir le Krakatau en pleine forme !

Nous passerons par la station volcanologique de surveillance du Krakatau.

Sur le pas de la porte, une longue vue est pointée sur le volcan pour observer l'activité éruptive. A l'intérieur des enregistreurs à cylindre surveillent les soubresauts du volcan. Sur les enregistrements on peut voir les crises éruptives signalées par ces tracés tourmentés ainsi que les signaux de remontée du magma en surface signalé par un trémor.

L'équipement est obsolète mais il permet de suivre l'activité éruptive. Dans la pièce nous entendons une sorte de sifflement accompagné de craquements. C'est la transformation du signal des sismographes en son. Le gardien n'ayant pas toujours les yeux fixés sur les enregistreurs, le son lui permet de savoir si un événement sismique se produit.

De nos jours les enregistreurs graphiques ont disparus remplacés par des écrans de contrôle et un système automatique d'alarme quand survient un événement majeur.

Notre petit groupe embarque sur un bateau de pêcheur pour rejoindre l'île d'Anak Krakatau.

Le lendemain matin, nous prenons un petit bateau de pêcheur pour rejoindre l'île d'Anak Krakatau dans le détroit de la Sonde.

La signification du mot « Anak » est «fils de ». En effet, le 20 mai 1883 une éruption cataclysmique, plinienne, détruit complètement le complexe volcanique laissant un grand vide entouré 3 îles. 36 417 morts, les côtes de Sumatra et Java dévastées par un tsunami et des coulées pyroclastiques et 20 Km3 de cendre se répandent sur des kilomètres.

En 1927, l'activité volcanique reprend et une nouvelle île sort des eaux et elle sera donc nommée Anak Krakatau, «fils du Krakatoa».

Une fois embarqués, nous mettons le cap sur les îles de la Sonde, les panaches de cendre s'échappant du volcan sont déjà visibles et guide notre capitaine.

Dans le groupe, je retrouve Fady avec qui j'avais voyagé au Kamchatka. Notre groupe est bien sympathique et nous avons hâte d'être en place face au volcan.

Repas en groupe avant de rejoindre nos tentes.

Arrivés en vue du volcan, le bateau s'arrête pour que nous puissions observer l'activité volcanique. Après des années d'inactivité, le volcan s'est réveillé depuis quelques mois et Aventure et Volcans a rapidement mis en place cette expédition.

Puis nous installons nos tentes en bordure de la plage à l'autre extrémité de l'île pour être protégés des chutes de bombes volcanique projetées par le volcan. Nous souhaitons tout de même qu'il n'y ait pas une trop grosse explosion car juste derrière la plage nous verrons quelques bombes volcaniques d'aspect assez récent à l'intérieur de gros impacts.

Il faut choisir entre les bombes volcaniques et d'énormes lézards qui parcourent la plage à la recherche de nourriture. Mais Guy de Saint-Cyr nous dira que ces lézards deviennent léthargiques après le coucher du soleil et se terrent sous des branchages pour la nuit. Je ne suis pas vraiment rassuré ...

Séquence éruptive vue de notre bateau

Le bateau s'est placé juste en face du cône éruptif et assis sur le pont, malgré la houle qui nous agite, je prends des séries de photos de chaque éruption.

Dans un silence total, une colonne de cendre sort du cratère et s'élève dans le ciel bleu formant un magnifique chou-fleur tandis que retombe les particules les plus lourdes un peu plus loin du cône.

Absorbé par ce spectacle, je réalise que certains membres du groupe ont le mal de mer et sont penchés par-dessus bord rendant tripes et boyaux. C'est vrai que la houle est assez présente et le bateau se balance d'un bord à l'autre. Heureusement que je ne crains aucun mal des transports mais j'aurais mal aux reins à force d'être balancé.

Les explosions se succèdent, toujours dans le même silence, et on peut distinguer de la cendre très fine grise qui se dépose en partie sur les bords du cratère et une cendre plus sombre qui monte plus haut. Apparemment il y a deux bouches éruptives, peut-être même trois. Quand toutes explosent en même temps, le spectacle est total et grandiose. Guy nous dira que le volcan «débourre» le conduit éruptif. La reprise d'activité est assez récente et le cratère est encore assez petit.

A un moment, le panache de cendre monte très rapidement et de nombreuses bombes volcaniques retombent sur les flancs du cratère et certaines en pleine mer tout autour de notre embarcation. Le bateau manœuvre alors rapidement pour s'éloigner un peu de l'île et nous mettre à l'abri. Nous avons été surpris par cette explosion bien plus forte que les précédentes.

Repas du soir, Guy nous raconte ses expériences. Fascinant.

Quand le soleil commence à décliner, nous rejoignons la côte pour une repas en groupe et une discussion sur la plage. Guy de Saint-Cyr est intarissable, il nous raconte ses expériences sur les volcans et nous buvons ses paroles. Stéphane enregistre toujours cette conversation.

Puis nous allons sous nos tentes pour la nuit des images plein les yeux. Je serais réveillé plusieurs fois par le crépitement de la cendre volcanique qui tombe sur la toile de tente, pensant que c'est la pluie mais le bruit est différent.

Une excursion en approche du cratère est prévue le lendemain.

Après notre petit déjeuner, nous nous mettons en marche. Notre campement est à l'opposé du cratère et pour l'atteindre nous traversons les anciennes caldeiras remplies de cendre et on peut voir les vestiges d'anciens cratères devenus inactifs. La reprise d'activité se déplace en direction du sud dans le temps avec l'apparition d'un nouveau cratère.

Arrivés en vue du cône actif, Guy nous demande de nous arrêter pour observer et chronométrer le rythme des explosions.

Nous attendrons ainsi presque une heure en photographiant, observant les panaches qui passent au-dessus de nos têtes mais parfois qui nous enfument complètement. Il faut plusieurs explosions pour avoir un temps moyen entre chacune.

Puis nous reprenons notre cheminement pour atteindre un énorme bloc à l'aplomb du cratère qui devrait nous protéger des projections lors des explosions.

Derrière notre abri, nous attendons les éruptions.

Les instructions de Guy sont claires, il faut rester à proximité de ces blocs pour pouvoir se cacher si des projections viennent vers nous. Tout le monde se regroupe donc derrière ces rochers assez haut mais nous ne voyons rien du cratère.

Guy occupé avec Stéphane qui l’interview, tout le monde se disperse, discute en dehors de l'abri rocheux, prend des photos, s'avance un peu pour mieux voir ou même reste assis face au cratère l'appareil photo prêt.

Survient alors une fine pluie que le vent projette sur nous et finalement nous nous réfugions derrière l'abri rocheux quand soudain...

 

Guy nous crie "planquez-vous, planquez-vous !!!".

La séquence d'une explosion vue sur le côté du cratère.

Une grosse explosion projette une grande quantité de lapilli et petites bombes volcaniques dans notre direction. Tout le monde se colle au rocher serrés les uns contre les autres, la pluie de pierres ricoche sur la crête de notre abri rocheux et s'abat avec fracas devant nous en soulevant de la poussière. C'est très rapide et violent !

Quand le silence revient, on se regarde, on se compte, tout le monde est là sain et sauf.

A l'endroit où un des membres du groupe s'était assis face au cratère, un gros bloc a laissé une belle dépression dans le sol.

Quelque chose me brûle le dos et en envoyant la main vers mon sac pour saisir ce «truc» chaud, je me brûle avec une petite bombe qui s'était coincée entre la roche et mon sac en tombant à notre aplomb. Cette toute petite bombe aura fait fondre une partie de la garniture en plastic du sac à dos.

Finalement cette petite pluie a été bénéfique et salvatrice.

Nous n'entendrons pas la prochaine explosion et décidons de repartir vers notre campement.

Mais la curiosité de Guy le pousse à aller voir ce cratère de plus près et pourquoi pas de plus haut.

Donc certains suivrons notre guide vers le haut du cratère juste après une explosion. Nous savons qu'ils n'ont qu'une vingtaine minutes entre deux explosions. Mais tout le monde redescendra bien avant l'explosion. Guy, qui sera monté tout en haut sur un petit plateau qui surplombe le cratère, nous dira qu'il est criblé de centaines d'impact de bombes et qu'il ne s'est pas attardé.

Puis nous rejoindrons la plage, reprendrons le bateau pour aller sur Rakata, l'île juste en face du cratère. Elle appartenait au complexe volcanique du dernier Krakatau. Toute sa partie nord a été détruite lors de la dernière explosion en 1883.

Du coup nous y arrivons pour le déjeuner suivi d'une série d'observations entrecoupées de plongeons dans l'eau turquoise de la petite anse.

Il fumait bien ce cratère !
Détente à Rakata.

Nous voici installés aux premières loges pour observer le Krakatau. Un peu de sur-place dans l'eau à la douceur tropicale pour admirer une éruption et quelques brasses entre. Il faut dire que ce n'était pas désagréable. On discute, prend le soleil, se balade sur la plage sans oublier de monter nos tente et aider à la préparation du repas. C'est la détente totale.

La nuit tombée, certains ferons de superbes photos nocturnes. N'ayant plus de batteries chargées, je regarderai juste ce spectacle nocturne extraordinaire.

Une séquence éruptive vue de Rakata.
Séquence éruptive au soleil couchant.

Le lendemain nous reprendrons le petit bateau de pêcheur pour rentrer à Carita puis direction Jakarta pour notre vol vers la métropole. Le voyage durant 48 heures avec les escales, cela fera une semaine en tout.

Plein d'images dans la tête, je rêve déjà au prochain voyage, à la prochaine expédition ...

L'activité de l'Anak Krakatau connait un rebond en 2009 puis en 2012 avec une grosse éruption. Puis six années de sommeil et en juin 2018 l'activité s'intensifie et une énorme éruption suivie d'un effondrement des deux tiers du cône actif se produit accompagné d'un tsunami meurtrier qui ravage les côtes du détroit de la Sonde entraînant des centaines de décès dans la population. L'activité continue ensuite avec des éruptions surtseyiennes, dans la mer. La physionomie de l'île est complètement bouleversée, tout le relief a disparu ainsi que la végétation.

Voici quelques photos avec l'aimable autorisation de Pascal Blondé qui a visité l'Anak Krakatau en janvier et novembre 2019. La petite île est méconnaissable, complètement transformée, arasée. Il ne reste quasiment rien de l'ancienne structure, le cône volcanique a disparu ainsi que la végétation. Les îles alentours (Rakata) montrent les ravages du tsunami qui a tout détruit sur plusieurs mètres de haut emportant la végétation et la terre. A Sumatra et Java, les côtes du détroit de la Sonde ont elles aussi été fortement touchées par le tsunami et on dénombres de très nombreuses victimes.

Retrouver les photos de Pascal Blondé prises en Janvier 2019  et Novembre 2019, ainsi que le récit de ses expéditions avant et après la crise de 2018.